La légitimité des instructeurs de tir professionnel
Vaste question que celle de la légitimité des instructeurs professionnels.
Dans un monde de réseaux sociaux qui regorge d’instructeurs « tactiques », il paraît bien difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Cette interrogation mérite pourtant d’être posée, frontalement.

1° Le background des instructeurs de tir
Loin du fantasme des CV pompeux foisonnant d’expériences « Forcesspéciales », « RAID », « GIGN » ou autres, il convient de débunker certains mythes sur le sujet.
Ces unités sont conçues pour affronter les situations les plus difficiles, mais cela ne fait pas automatiquement de leurs membres des instructeurs d’exception.
La réalité de ces structures est bien différente de ce que laissent penser les réseaux sociaux.
Les reportages et « comptes d’unités » regorgent d’images arrangées, filmées et montées pour nourrir une image idéalisée.
On y trouve du beau matériel, du flow, des postures, mais rarement le niveau technique réel des opérateurs, ni la cohérence pédagogique derrière ces images.
Le mythe du niveau absolu persiste, alors que sur le terrain, la réalité est souvent plus nuancée :
des unités suremployées,
des recrutements parfois dictés par la quête de profils hypersportifs plutôt que passionnés par le métier,
des cadres réfractaires au changement,
et une difficulté chronique à se remettre en position de stagiaire.
Le fameux « on a toujours fait comme ça » n’est pas une légende urbaine.
Il traduit une résistance structurelle à l’évolution, que l’on retrouve même dans certaines écoles nationales.
Résultat : le monde évolue dehors, mais rarement dedans, ou alors avec un retard considérable.
Le problème n’est pas la compétence intrinsèque de ces opérateurs, mais le manque de remise en question une fois sortis du cadre institutionnel.
Pour autant, il serait faux de balayer d’un revers de main leur expérience.
Ces unités disposent d’un retour d’expérience réel, variable selon leur degré d’engagement et les environnements dans lesquels elles opèrent.
Elles baignent dans un microcosme d’autres unités, ce qui nourrit un RETEX collectif précieux.
Mais la carte ex #GIGN, #RAID, #FS n’est pas un gage automatique de compétence en matière d’enseignement.
Ces profils peuvent être passionnants à écouter, mais encore faut-il qu’ils aient su se transformer en pédagogues.
Les plus compétents sont souvent ceux qui, à contre-courant, ont continué à se former, à s’ouvrir, à confronter leurs certitudes et à aller chercher ailleurs.
Souvent, ce sont aussi ceux qui ont été dissidents dans leurs propres structures, parce qu’ils refusaient la stagnation.
Nul n’est prophète en son pays.
À l’inverse, tout le monde ne peut pas tout enseigner.
C’est une évidence qu’il faut répéter quand on voit pulluler des pseudo-formations « tactiques » dispensées par des instructeurs qui ne viennent pas du métier, voire par des civils sans aucune expérience opérationnelle.
Le contenu technique est parfois solide, souvent non.
Ces derniers mois, les réseaux ont été inondés de modules de « combat milieu clos » conçus et vendus par des gens issus d’unités conventionnelles, sans expertise du sujet.
Plus récemment encore, on a vu apparaître des formations totalement déconnectées du réel, où les vidéos publiées font sourire (ou consternent) ceux qui, justement, connaissent ces métiers.
Le pire est atteint dans le domaine du « combat véhicule », où l’on voit fleurir des mises en scène absurdes, quand ce n’est pas de la régurgitation approximative de doctrines comme celles de William Petty ou de Project Gecko.
C’est tout le danger du contenu numérique : mal compris, mal traduit, mal assimilé, puis rediffusé par ceux qui n’en maîtrisent ni l’essence ni la logique évolutive.
2°) Les réseaux sociaux
D’un côté, des cours de combat véhicule ou de CQB donnés par des personnes qui ne maîtrisent pas ces thématiques, où l’on voit des stagiaires enchaîner des techniques improbables sans fondamentaux. Quand on connaît le niveau du responsable pédagogique, il est difficile de croire qu’il puisse dispenser des contenus cohérents qu’il ne maîtrise pas lui-même.
De l’autre, des contenus « sexys » : belles images, beaux tirs, cinématique, mais peu de fond. Creusons un peu : quelles sont les bases ? Des techniques parfois dangereuses mais hype, par exemple enseigner le combat milieu clos en stock out au fusil. Ça fait du flow, mais ça peut coûter des vies. Ce n’est pas grave ; c’est vendeur.
Le nombre d’abonnés permet de faire avaler n’importe quoi : la communauté se transforme en groupe de fans et perd son sens critique. Sous couvert de jargon savant, on peut épaissir un discours et étayer des théories sans fondement scientifique, faute de contradicteurs.
Un exemple frappant : lors d’un échange avec une unité prestigieuse disposant d’une cellule d’optimisation de la performance parmi les plus réputées, composée de chercheurs PhD en neurosciences appliquées, nous avons soumis quelques exemples de contenus « cognitifs ».
Leur verdict : un mélange confus d’idées sans cohérence ni fondement; un smoothie banane-épinards estampillé « cognitif », que tout le monde avale parce que l’étiquette est vendeuse.
Quand nous avons décidé de creuser sérieusement ce domaine, nous nous sommes naturellement tournés vers des spécialistes. Nous intégrerons désormais une association de spécialistes dans chacun de nos enseignements.
Aujourd’hui, on dérive parfois vers un gloubiboulga de textes artificiels générés par des IA ; quelle est la portée de tout cela ? La question du transfert de compétences vers des personnes non qualifiées reste entière.
La DGA a encadré ces savoir-faire via l’AFCI « formation opérationnelle », mais quid des instructeurs qui diffusent des savoirs sur les réseaux, des cours en ligne, des conseils pour améliorer telle ou telle compétence à des personnes qui n’ont pas besoin de les connaître ?
3°) Le respect de la législation
Pas plus que le background d’opérateur ne garantit la qualité d’un enseignement, l’existence d’un diplôme de moniteur/instructeur ne garantit la finesse technique de son titulaire. #FTSI #MIP #MMA #ISTC
En revanche, ce diplôme est souvent le prérequis pour de nombreux enseignements, notamment ceux liés à la sécurité privée. Il apporte au minimum des bases pédagogiques pour gérer une séance et constitue le prérequis requis par les compagnies d’assurance.
Le risque zéro n’existe pas.
Cette question d’assurance renvoie directement à l’usage des armes en formation. Il est évident que les armes détenues au titre du tir sportif ne peuvent servir qu’à la pratique de celui-ci (c’est-à-dire restrictivement à 25 m, sans étui, en dehors du cas particulier du tir sportif de vitesse), qui doit être encadré par du personnel qualifié.
le Blog de la sécurité privée a d’ailleurs interrogé le Service central des armes et explosifs, qui a tranché : les armes d’armuriers, sous couvert d’une autorisation de commerce, ne peuvent pas être utilisées pour de la formation.
Plus récemment, policiers et gendarmes sont autorisés à employer leurs armes de service dans des stands Fédération Française de Tir (FFTir) munis de la licence idoine.
Cela implique que ces armes ne peuvent servir qu’à la pratique reconnue par la FFTir, sous couvert d’une licence et d’un agrément du stand par la fédération. Dès lors, quelle responsabilité pour un organisme de formation dispensant des modules de tir de combat avec des armes détenues au titre de la FFTir, à des stagiaires professionnels utilisant leurs armes de service en dehors de ce cadre ? La question mérite d’être posée quand on voit ces armes FFTir servir à tout sauf à ce pour quoi elles sont destinées.
4°) Conclusion
Il n’existe pas de recette miracle, mais il existe des ingrédients indiscutables : remise en question, humilité, savoir-faire technique et ouverture sur le monde, quel que soit le background des intervenants.
À nos collègues professionnels : ne cédez pas aux sirènes des réseaux ; adressez-vous à des formateurs dont la compétence repose sur le travail, pas sur le nombre d’abonnés.



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