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Les "standards" au tir : miroir ou illusion ?

Photo du rédacteur: principiasolutions
principiasolutions
1 mai
4 min de lecture

10 mars 2026


Par Rémi D. – Principia Solutions


Après 19 ans dans des unités étatiques, dont 9 dans un groupe d’intervention national, à différents postes dont moniteur de tir, j’observe un phénomène assez étrange.

Sur les réseaux sociaux, les « standards » sont devenus un spectacle.

Entre deux vidéos de pseudo-experts en combat véhicule vous expliquant comment tirer depuis votre siège (valident-ils au moins cette hérésie en force-on-force, ou cherchent-ils simplement à être tacticool et à vendre des procédés qu’ils n’ont jamais appris dans des unités conventionnelles ?), les contenus relatifs aux sacro-saints « standards » se multiplient.

Alors posons simplement la question.



Qu’est-ce qu’un standard ?

Le standard est au tir ce que le benchmark est au CrossFit : la photo, à l’instant T, de votre niveau réel.

C’est la performance que vous êtes capable de produire immédiatement, dans des conditions normales.

Internet en regorge :

  • les historiques El Prez ou Bill Drill

  • le Man Card Drill de Rick Crawley (Achilles Heel Tactical)

  • le Tier 1 de Norstar Kinetics


Chacun a ses avantages et ses inconvénients. Chacun révèle des points forts et des points faibles.

Le standard doit être le mètre étalon de la qualité d’un tireur et indirectement de ses instructeurs.

À ma connaissance, aucune unité sérieuse ne s’abstient de tester périodiquement ses opérateurs pour établir un bilan et redéfinir l’entraînement.

Ou plutôt : il existe sans doute des unités qui ne le font pas, mais certainement aucune de haut niveau.


Comment travailler un standard ?

Réponse courte : on ne les travaille pas. C’est précisément là que réside tout l’intérêt du standard.

 Si le standard est le reflet de votre niveau opérationnel immédiat, il n’a vocation qu’à révéler la qualité de votre entraînement.

S’entraîner spécifiquement pour « rentrer » un standard puis publier une vidéo pour impressionner les groupies des réseaux sociaux, fera peut-être de vous un bon influenceur. Mais certainement pas un tireur complet. Encore moins un bon instructeur.

Dans le milieu professionnel, le divertissement des influenceurs a remplacé le pain et les jeux. Et il s’agit souvent d’une image tronquée et déformée de la réalité.


Le reflet de votre besoin opérationnel

Votre standard doit refléter votre réalité opérationnelle. Par exemple :

  • une unité opérant désilhouettée en civil (CCW)

  • un groupe d’intervention travaillant au bouclier

  • une unité de forces spéciales utilisant principalement le fusil d’assaut

  • une unité de patrouille voie publique opérant presque exclusivement à l’arme de poing


Ces unités n’ont ni les mêmes missions, ni les mêmes contraintes. Elles ne peuvent donc pas poursuivre exactement les mêmes standards.

Quel est l’intérêt de faire passer un El Prez à un opérateur de forces spéciales dont l’arme de poing restera un simple back-up ?

Et à l’inverse, quel est l’intérêt de faire passer un Man Card Drill à un patrouilleur non doté d’arme d’épaule ?

Je laisse chacun juger.


La transversalité

Mais la question mérite aussi d’être regardée sous l’angle de la menace. Doit-on attendre de meilleures performances d’un opérateur de forces spéciales que d’un patrouilleur ?

Si la réponse est oui, pourquoi ? La menace serait-elle plus dangereuse en OPEX qu’en France ? Certainement pas.

Si l’on pousse le raisonnement, un groupe CTLO serait-il davantage menacé qu’une SAED et devrait-il donc avoir un standard supérieur ?

Je ne parle pas ici des moyens d’entraînement, mais bien de la réalité de la menace.

Lever un fusil depuis une position d’attente n’est pas plus ou moins urgent selon l’unité à laquelle on appartient. Certes, les unités disposent de moyens croissants à mesure qu’elles montent dans leur spectre. Mais il est inacceptable que les standards baissent.

C’est l’anti-nivellement par le bas.

Les unités spécialisées doivent être performantes. Les unités dites  (souvent péjorativement) « basiques » doivent l’être aussi.

Les moyens deviennent une excuse irrecevable lorsque l’on sait qu’une grande partie des compétences s’acquiert dans le travail à sec et la réflexion.

J’ai trop souvent entendu que « les policiers ne tirent que 3 × 30 cartouches par an ». À plus forte raison lorsque ces cartouches sont tirées sans logique pédagogique.

Peut-on espérer mieux si certains centres nationaux composés « d’experts » considèrent ne plus avoir à se former auprès du privé ?

Dans ces conditions, accepter qu’une personne armée 24 h/24 sur le territoire national mette plus d’une seconde à dégainer devient presque une faute.

Je n’évoque même pas les dégainés-miss en 2,50 secondes sur silhouette pleine à 5 mètres.


Alors quel standard est acceptable ?

La réalité est simple et brutale. Combien de temps faut-il à votre adversaire le plus probable pour lever une arme et tirer ?

Si votre temps pour :

  • dégainer

  • riposter

  • toucher une cible dans les mêmes conditions

est supérieur à ce temps, votre standard est hors délai. Ni plus, ni moins.

Se réfugier derrière le volume d’entraînement est un argument irrecevable.

Cela devrait au contraire être le point de départ d’une réflexion doctrinale sur l’entraînement.

C’est précisément le type de réflexion que mène Principia Solutions.


 Les conditions d’un standard valide

Un standard crédible doit rester :

  • reproductible, à froid et dans des conditions physiologiques normales

  • réalisé dans la tenue opérationnelle réelle

  • exécuté dans des conditions réalistes (jour, nuit, véhicule, etc.)


Le force-on-force qui en découle devient alors une excellente validation de la base technique du tireur.


Une approche qui n’a rien d’élitiste

Notre approche n’est pas élitiste. L’élite, c’est quiconque porte une arme au milieu de la population et assume la responsabilité qui en découle.

Le reste n’est souvent que palabres de popote, de cafétéria et de réseaux sociaux.

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